Le point sur le coup d’Etat militaire au Soudan : manifestations réprimées dans le sang et suspension des aides internationales

La répression se poursuit au Soudan. Mercredi 27 octobre, les forces de sécurité étatiques ont procédé à l’arrestation de plusieurs manifestants et quadrillé Khartoum, la capitale, pour tenter d’en finir avec l’opposition au coup d’Etat du général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane.

Compte tenu des avertissements de la communauté internationale, l’armée a tenté de donner des gages en autorisant, mardi, le retour à Khartoum du premier ministre renversé Abdallah Hamdok. Ce dernier était détenu après le putsch, la veille, avec la plupart des civils qui composaient le pouvoir de transition. Ce dernier reste « sous surveillance étroite », selon son bureau.

Dans les rues des principales villes du pays, de nombreux civils manifestent depuis le début de la semaine contre le coup d’Etat du général Al-Bourhane.

Pour empêcher les manifestants de se regrouper, les forces de sécurité ont « enlevé toutes les barricades », faites de branchages, de pierres ou de pneus brûlés, dans le centre-ville, raconte un manifestant. « Elles arrêtent tous ceux qui sont à leurs abords. » Depuis lundi, elles ont tiré des grenades lacrymogènes sur les manifestants, faisant au moins sept morts et 140 blessés, selon une source au sein du ministère de la santé au Monde.

En réponse à cette répression sanglante, les militants ont appelé sur les réseaux sociaux à la tenue d’une « manifestation d’un million de personnes » samedi, pour réclamer le transfert complet du pouvoir aux civils.

L’un des leaders du plus grand parti du Soudan, l’Oumma, a par ailleurs été arrêté, de même que d’autres militants et manifestants qui bloquaient les principales avenues de Khartoum.

La direction du conseil de souveraineté devait être transmise à une personnalité civile dans les prochains mois et les militaires avaient jusqu’ici affirmé leur volonté de respecter le processus de transition. Cependant, la date exacte de cette passation des pouvoirs n’était pas encore connue précisément. De plus, les autorités de transition peinaient à s’entendre sur le fait de remettre M. Al-Bachir à la Cour pénale internationale.

Le 16 octobre, des partisans de l’armée ont planté leurs tentes devant le palais présidentiel, où siègent les autorités de transition. En réponse, le 21 octobre, les partisans du pouvoir civil sont descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays pour « sauver [leur] révolution ». Le 23 octobre, le camp civil avait mis en garde contre un « coup d’Etat rampant », lors d’une conférence de presse qu’une petite foule avait cherché à empêcher.

Pour tenter d’expliquer son coup de force, le général Al-Bourhane a prétexté, mardi, le risque de « guerre civile » né, selon lui, d’une autre manifestation contre l’armée il y a une semaine. Visiblement pas convaincus, les ambassadeurs occidentaux ont répété que, de leur point de vue, M. Hamdok était « toujours le premier ministre et son gouvernement le pouvoir constitutionnel » ; ils ont demandé à pouvoir le rencontrer en personne.

Pour marquer leur opposition au coup d’Etat, l’Union africaine et la Banque mondiale ont tenté de faire pression sur l’armée : la première a suspendu le Soudan de ses institutions et la seconde a cessé son aide, pourtant vitale pour ce pays pauvre plongé dans le marasme économique et miné par les conflits. Un choix fait également par les Etats-Unis, qui ont suspendu une partie de leur aide de 700 millions de dollars (604 millions d’euros) au Soudan, lundi.

Du côté de l’Union européenne, cette mesure est, pour l’instant, à l’état de menace, a fait savoir le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, mardi. « Cette tentative de saper la transition du Soudan vers la démocratie est inacceptable. Si la situation n’est pas inversée immédiatement, il y aura de graves conséquences pour l’engagement de l’UE, y compris son soutien financier », a-t-il averti. La mesure pourrait concerner les décaissements non encore effectués, a-t-on précisé de source européenne. Les financements de l’UE au Soudan se chiffrent à 500 millions d’euros depuis 2016.

Moscou, en revanche, estime que le coup d’Etat est « le résultat logique d’une politique ratée », alors que le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas réussi à se mettre d’accord sur une déclaration commune au sujet du putsch.

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